Histoire du Fanorona, jeu national de Madagascar
On présente souvent le Fanorona comme « les échecs malgaches ». La comparaison flatte, mais elle passe à côté de l'essentiel : ce jeu n'a pas été conçu dans un salon, il s'est transmis de génération en génération, sur des planches gravées et sur des lignes tracées dans la terre. Voici ce que l'on peut dire de son histoire — et ce qu'il faut se garder d'inventer.
Un jeu ancien, sans date de naissance
Le Fanorona est le jeu de plateau emblématique de Madagascar, joué depuis des siècles sur les hauts plateaux. Mais disons-le clairement : on ne peut lui donner ni date de naissance, ni inventeur. C'est un jeu de tradition orale, transmis par la main et par la voix bien avant d'être écrit ; les règles que l'on trouve aujourd'hui dans les livres sont la mise en forme tardive d'un usage beaucoup plus ancien.
Ce n'est pas une faiblesse, c'est sa nature même. Comme tous les jeux populaires, le Fanorona a voyagé, s'est adapté, et certains détails varient encore d'une région et d'une famille à l'autre. Ce qui ne bouge pas, c'est son mécanisme : la percussion et l'aspiration, ces deux prises si particulières où l'on capture en avançant… ou en reculant.
Le plateau raconte le jeu
Le Fanorona se décline en trois tailles, et leurs noms disent simplement le nombre de colonnes : Fanoron-telo sur 3×3 (telo = trois), Fanoron-dimy sur 5×5 (dimy = cinq), Fanoron-tsivy sur 5×9 (sivy = neuf). Les règles de prise sont les mêmes dans les trois ; seule change la place dont on dispose pour manœuvrer.
Cette famille de formats est un indice précieux. Un jeu qui existe en version courte pour les enfants et en version longue pour les longues après-midis est un jeu vivant, qui s'adapte à qui le joue. Le Fanoron-tsivy, avec ses 45 intersections et ses 44 pions, est celui qu'on désigne quand on dit simplement « Fanorona » — et c'est celui dont tu trouveras les règles complètes ici.
Des vato, une planche, ou juste de la terre
Vato veut dire « pierre » — et c'est le nom des pions, parce qu'ils ont longtemps été de simples cailloux. Là est peut-être le secret de la longévité du Fanorona : il ne demande rien. Une planche gravée quand on en a une, un carton, un morceau de tissu, ou des lignes tracées dans la poussière avec un bâton et quarante-quatre cailloux ramassés sur place.
C'est exactement la même économie de moyens que dans les autres jeux d'antan : les trous du Katro creusés à même le sol, les cinq cailloux du Tsobato, la marelle du Sabaka tracée à la craie. Rien à acheter, tout à jouer.
La légende du souverain et de la partie décisive
La tradition orale raconte qu'une partie de Fanorona aurait un jour détourné un roi d'une bataille décisive. Les versions diffèrent selon qui la raconte, et aucune ne peut être vérifiée : c'est un récit, pas une archive, et nous ne lui inventerons ni date ni nom. Ce qu'il dit de vrai, en revanche, tout joueur le reconnaîtra — le Fanorona absorbe complètement celui qui s'y met.
Pourquoi « jeu national » ?
Aucun décret ne fait d'un jeu un emblème : c'est l'usage. Le Fanorona tient ce rôle parce qu'on le trouve partout, sur les places, sous les vérandas, entre voisins et entre générations. Et il le tient pour de bonnes raisons : il se joue à deux, il ne coûte rien, il se comprend en dix minutes et il ne s'épuise pas en dix ans.
Il porte aussi une manière d'être ensemble. On y joue lentement, on commente, on conseille le plus jeune, on refait le coup d'avant. La partie devient un prétexte à s'asseoir côte à côte — c'est le fihavanana, ce lien de solidarité et de parenté sociale auquel les Malgaches tiennent tant.
Le Fanorona aujourd'hui
Le jeu n'a jamais cessé de circuler : plateaux artisanaux, plateaux de salon, grilles dessinées au feutre au dos d'un carton. Et depuis quelques années, il tient aussi dans une poche. C'est le pari de MyLalao : mettre le Fanorona en 3D dans une application Android qui fonctionne hors-ligne, jouable en solo contre l'IA ou à deux sur le même téléphone, pour que la transmission continue même quand le voisin n'est pas là.
Rien ne remplacera une planche et deux tas de cailloux. Mais un téléphone, ça se glisse dans un taxi-be, ça traverse la mer avec la diaspora, et ça permet à un enfant né loin de Madagascar de découvrir la percussion et l'aspiration avant de les jouer un jour pour de vrai, avec sa grand-mère.
Pour aller plus loin
Le Fanorona n'est pas seul : il fait partie d'un patrimoine ludique entier, celui des osselets, des capsules, des toupies et des devinettes du soir. Nous en avons réuni dix dans 10 jeux malgaches que nos parents jouaient. Prends un plateau, appelle quelqu'un, et transmets à ton tour : c'est comme cela que ce jeu a traversé les siècles. Misaotra — merci — de le faire vivre.
Les jeux évoqués dans cet article
- Règles du Fanorona — Le jeu national malgache : capture les pions de l'adversaire par percussion et aspiration.
- Règles du Katro — Le mancala malgache à 4 rangées : sème, relaie et capture les graines de l'adversaire.
- Règles du Tsobato — Le jeu d'osselets malgache : lance la « mère », ramasse les cailloux et rattrape à temps.
- Règles du Sabaka — Lance ton palet dans chaque case, de la terre jusqu'au Ciel !